Quand on a entendu parler de ce monsieur, régisseur confiné au théâtre Antoine, piégé par le temps, on s’est surpris à l’envier. Certes, il y a peut-être de quoi devenir un peu fou. Mais quel plaisir d’avoir pour soi la noblesse d’un théâtre parisien, l’odeur des moquettes rouges, la symétrie des moulures aux balcons, les lumières vives.

Nous avons tous hâte de retourner dans ces endroits d’exception, en province comme à Paris. Pendant quelques mois, le temps s’est arrêté pour les manifestations culturelles. Il restera suspendu quelques semaines encore.
Derrière l’émerveillement que nous procure un spectacle, nous savons les contraintes, les décisions, les budgets, les combats parfois, qui permettent aux projets créatifs de voir le jour. Parce que le spectacle musical est un art complet, il mobilise des équipes, des artistes et des techniciens qui souffrent particulièrement de la crise sanitaire et de ses conséquences économiques.

On pense aux spectacles qui devraient être en représentation, en montage, en répétition, à ceux qui sont prêts et n’attendent qu’un feu vert, à ceux qui attendaient Avignon pour se dévoiler, à ceux qui auraient tourné cet été. On pense à ces artistes que l’on suit depuis des années, que l’on a plaisir à retrouver sur scène et que l’on suit les yeux fermés dans leurs projets. On pense aux nouveaux talents qui ne demandent qu’à éclore, à ceux qui se forment dans les écoles spécialisées et à ceux qui s’apprêtaient à camper le premier rôle de leur carrière.

Peut-être faudra-t-il réinventer, s’adapter. On a vu les directeurs de salles soupirer en imaginant laisser quatre mètres cubes vides autour de chaque spectateur, pour respecter les distances barrières. Absurde et irréalisable. Un spectacle peut se savourer seul, dans une bulle. On se laisse porter et on s’évade ; on se plonge dans une histoire qui occupe nos yeux et nos oreilles, dont on sort à peine pendant l’entracte. Mais souvent, la culture suscite le partage. On imagine mal madame et madame, madame et monsieur, monsieur et monsieur, à un rigoureux mètre cinquante l’un de l’autre, en carré or, parterre, au premier balcon, ou même au fin fond du poulailler (paradis, aussi). On image mal cet enfant assis, éloigné de ses proches, pour apprécier l’histoire, les décors, les costumes. Si, si, vous voyez de qui on parle. Ce bambin qui rit quand la tension dramatique est à son paroxysme, qui pleure quand le chanteur tient la plus belle et longue note –Ce s’ra nouuuuuuuus dèèèèèès ce soooooooooiiiiir, par exemple. Vous l’avez dans la tête, nous aussi, ne nous remerciez pas :)- Cet enfant vers lequel on se retourne d’un air aussi réprobateur qu’attendri, parce que c’est beau, un enfant qu’on emmène voir un spectacle et dont les sens sont happés -brouillés ?- par l’art.

Oui, il faudra sûrement repenser la production, la configuration, la réception des spectacles. Mais nous, on vous y voit déjà. Vous, qui serez devant l’entrée des artistes trois heures avant le spectacle pour encourager la troupe. Vous qui connaîtrez les dialogues sur le bout des doigts très vite, qui partirez à la chasse aux autographes. Vous qui serez au rendez-vous des premiers clips, des showcases de présentation et de la grande Première. Vous qui repèrerez les changements de perruque ou du maquillage, les fous rires masqués sur scène et les petits couacs techniques. Vous qui pleurerez à chaudes larmes pendant le rappel lors de la Dernière, quand les costumes sont tâchés par le maquillage qui coule bizarrement des cils. C’est souvent pendant cet ultime rappel que l’on met des visages sur les noms qui ont façonné le spectacle. Ces professionnels essentiels sont invités à rejoindre la troupe, eux qui opèrent souvent en coulisses et en amont des premières représentations.

Parce qu’on vous parle de spectacle musical, de spectacle vivant, parce que ces projets existent grâce à la scène, grâce aux coulisses, grâce aux audacieux, aux créateurs, aux experts et surtout à vous, fidèle public de passionnés, d’amateurs et de curieux.
Ces dernières semaines, nous avons annoncé nombre de reports, reprogrammations et annulations. Petit à petit, de nouvelles dates s’annoncent, les perspectives reviennent. Pour soutenir les intermittents et les artisans des spectacles que nous chérissons, vous pouvez participer à l’opération #SauveTonSpectacle #ReporteTaVenue ou renoncer au remboursement. Vous pouvez aussi soutenir les structures culturelles locales près de chez vous, surveiller les spectacles qui seront prochainement ouverts à la réservation pour faire d’inoubliables cadeaux à vos proches, mais surtout, vous pouvez rester prudents.

 

Plus la prudence sera de mise, plus nous retrouverons vite et intensément le plaisir de découvrir des spectacles. Plus la prudence sera de mise, plus vite les artistes pourront crier de bon cœur, à l’unisson, le traditionnel cri « toïtoï(toï) » d’encouragement avant d’entrer sur scène.
Nous serons au rendez-vous pour les applaudir.

by Valentine
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