Jesus : Coup de griffe (Franck)

Il y eût Les Dix Commandements, magnifique spectacle à la portée universelle incontestable puisque dépassant le simple fait religieux, il y eût le bohème Adam et Eve auquel j’avais trouvé de vraies qualités artistiques et qui, selon moi, n’a pas eu le succès mérité (ce qui lui a valu d’ailleurs de ne pas pouvoir partir à la rencontre du public de province), et il y a ce Jésus, de Nazareth à Jérusalem…
On ne pourra pas accuser Pascal Obispo de se disperser dans les thèmes qu’il choisit de mettre en spectacle. Ni de se renier en termes de qualité de composition et d’écriture (qu’il soit seul ou accompagné dans ce travail), si tant est qu’on aime à la base ce qu’il fait.
S’il avait su s’entourer, avec Kamel Ouali et Tokyo, de chorégraphes/metteurs en scène originaux et pleins d’idées nouvelles, il signe ici avec Christophe Barratier un spectacle fort peu novateur et au final fort peu plaisant pour qui aime les vrais grands spectacles musicaux.
Bien sûr, il y a ce parti pris de départ de coller au plus près possible du texte et du fait religieux, ce qui laisse peu de marge de manœuvre. Mais cela ne permet-il pas, malgré tout, de penser le spectacle pour la scène et le sublimer ? Car le thème retenu ne peut se suffire à lui-même. Et ça, je pense que cela a été totalement oublié.
Alors on appelle cela une fresque musicale… Il faut s’arrêter sur ces deux mots. Pour la partie musicale, on peut dire qu’elle est en grande partie réussie, même si certaines rimes sont parfois faciles voire même désuètes. Les musiques se ressemblent souvent, certes, mais on dira que c’est la patte du compositeur. Et que cela soit dit une fois pour toute, toutes les voix chantées sont parfaites dans ce spectacle. Ce n’est pas de là que vient le problème.
C’est peut être le terme de fresque qui, lui, pose problème. Que peut-on y mettre derrière ? Dixit Wikipédia, une fresque est déjà « une manière de peindre avec des couleurs détrempées dans l’eau sur une muraille, une surface de maçonnerie spécialement préparée à cet effet ». Alors oui, on retrouve bien l’idée du mur dans le choix du décor composé principalement de grands pans qui se déplacent au gré des différents tableaux, mais il faut la sublimer cette surface ! Et ce n’est que très rarement le cas. Il y a bien quelques projections, le mur d’image derrière, quelques jeux de lumières intéressants mais assez rares au final, avec à la place, énormément de pleins feux qui n’habillent justement pas ce vaste mur ni cette vaste scène. Car oui, elle est bien vaste, immense même, et les artistes ont bien du mal à l’occuper pendant les deux heures du spectacle. Trop souvent, elle est pleine de vide. Bien sûr, cela peut être un procédé dramatique très intéressant quand on l’utilise à dessein pour rendre toute l’intensité d’une chanson dans un spectacle en y plaçant un seul interprète, mais il faut savoir le doser et ne pas le surexploiter, sans quoi on tue la magie et l’intensité d’un tel moment. Et il y en a tellement des moments comme ça dans ce spectacle… Quelques scènes dansées mais assez peu au final. Aucune vraie invention scénique, en dehors du beau tableau des statues à Rome (je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler le seul moment original). Et tout cela, sans parler des enchainements entre les tableaux qui se font, le plus souvent, avec un grand noir-scène.
Toujours selon Wikipédia, la fresque peut être historique pour parler « d’une composition d’ensemble présentant le tableau d’une époque, d’une société ». Ce qui n’est pas le cas puisqu’on focalise, et c’est normal, sur l’histoire du Christ. C’est un focus absolu. Et une volonté affirmée. On doit la respecter puisqu’au fond, ça, on le sait avant même d’aller voir ce spectacle. Au final, je ne sais pas ce qu’est cette fresque.
Ce qui est, et reste, sans doute le plus terrible, c’est la piètre qualité des scènes de comédies. En dehors de Solal (Ponce Pilate) et de Jeff Broussoux (Caïphe) qui tiennent absolument parfaitement leurs personnages (et qui signent dans le même temps les meilleurs tableaux), et dans une moindre mesure des rôles féminins, Anne Sila (Marie) et Crys Nammour (Marie Madeleine), la qualité de jeu des autres artistes est, au mieux très plate, au pire catastrophique (absence de ton, bafouillage, oubli de texte… si, si !!!). Mike Massy, s’il chante parfaitement, est tellement trop lisse. La bonté du Christ ne signifie pas transparence ni platitude.
Au final, c’est une grande déception pour moi. J’ai déjà écrit ailleurs que les concepteurs avaient eu un tel souci pour le public qu’ils lui avaient réservé un véritable chemin de croix où de nombreux tableaux en étaient les différentes stations. Ça n’est certes pas très gentil, mais cela traduit assez bien ce que j’ai pu ressentir à regarder trop souvent ma montre et à constater mon ennui. Et pourtant, j’aurais tellement aimé pouvoir aimer.

Où ?
Palais des Sports, Paris puis en tournée

by Franck

Franck, 43 ans, professeur des écoles (Seine et Marne). Ma passion pour l’univers des comédies musicales est née avec Starmania en 1994 au théâtre Mogador. Depuis, elle ne s’est jamais tarie. Elle se partage même en famille, avec ma compagne et mes deux enfants de 13 et 18 ans. En plus de vingt années et plusieurs dizaines de spectacles, j’ai été émerveillé, ému, dubitatif ou déçu. C’est ça le spectacle vivant ! Vous pouvez découvrir ici mes coups de cœur et mes coups de griffe sur certains des spectacles à l’affiche