Une file d’attente devant une salle parisienne sous un soleil éclatant, un mercredi 09 septembre… Oui, nous y sommes, le Casino de Paris accueille la générale de presse de Pirates, le destin d’Evan Kingsley ! Un siège d’écart entre chaque groupe de spectateurs et l’affaire est jouée : la salle est aussi complète que possible. Récit d’un retour au spectacle pour une production familiale pas comme les autres.

« On est tous masqués mais on va bientôt l’oublier, car on va partir en voyage chez les pirates ! »

C’est par ces mots que Samuel Safa, visiblement ému et fier, introduit le spectacle qu’il a créé avec son frère. Dans le Casino, des représentants médiatiques, des proches des artistes, des professionnels…et un plaisir non dissimulé de retrouver la couleur rouge vif des fauteuils d’une salle. Après les applaudissements les lumières se baissent et l’embarquement est immédiat. Le tableau d’ouverture est survolté, comme celui d’après l’entracte. De quoi accrocher le spectateur au premier coup d’œil.

Sur la durée, Pirates est un spectacle énergique et rythmé. On regrette juste quelques changements de tableaux qui laissent la salle dans le noir un peu trop longtemps.

Le décor est très ingénieux : de la taverne au navire, en passant par la plage ou la forêt, les éléments physiques sont soutenus par des projections. Parfois, elles prennent la forme d’animations et de graphismes qui ne manqueront pas d’attirer le regard des enfants. Surtout, elles permettent de faire des ellipses et ne pas multiplier des tableaux redondants.

La plupart des dialogues sont chantés. Les adultes auront l’impression d’assister à une comédie musicale française des premières heures. L’humour est omniprésent. Des comiques de situation et des mimiques pour les plus jeunes, des anachronismes volontaires et des références bien ciblées pour les moins jeunes: ça fonctionne.

Cyril Romoli, Marion Préïté et Fabian Richard (crédit photo: Comédiens)

Les costumes et perruques accompagnent un ballet aérien de duels à l’épée, de bagarres, de chorégraphies. Le maquillage, lui, habille des visages expressifs, mais pas parfaits. Hormis les deux protagonistes beaux et juvéniles, le casting de Pirates est un casting de ‘gueules’ et de grains de voix. Comme ça fait plaisir à voir, et comme c’est cohérent avec le message porté par l’équipe artistique !

« Bonjour, je m’appelle Evan Kingsley et je veux devenir pirate ! – * rires des matelots * »

C’est comme ça que tout commence. Mal, donc. L’histoire d’un jeune homme freluquet qui a trouvé la carte menant à un trésor convoité. Ce trésor s’avère plus inestimable que prévu, et les rencontres d’Evan, plus étonnantes que dans n’importe quel conte de piraterie ordinaire. La conquête devient un voyage initiatique, une (re)conquête de l’identité individuelle. Jimmy Costa Savelli campe un héros doux, courageux, sensible. Ses qualités sont relevées par le fait qu’il n’a pas le monopole du spectacle. Les autres rôles, aussi hauts en couleur, élèvent sa prestation. Nos coups de coeur vont à Lorena Masikini pour sa performance de guerrière enivrante d’énergie et de poigne et à Jérôme Pradon, qui incarne un Barbesale tantôt sinistre tantôt attachant.

« Tu veux être notre cuisinière chérie ? -Je veux être matelot ! »

Dans ce joyeux équipage il y a : un vieil ermite très agile, un loup de mer, une brute, un mousse benêt… jusque-là, c’est une recette classique. Et c’est tout l’enjeu : reprendre les codes de la piraterie traditionnelle en y injectant une touche résolument 2020. Pour ça, rien de moins qu’une Mulan version matelot, une révélation homosexuelle à bord, des Amazones à dreadlocks, un cuistot handicapé… Autant dire que la scène du recrutement de cet équipage hors normes, littéralement, est très réussie. D’autant que ces singularités ne sont pas qu’un prétexte : chacun de ces personnages a son moment, son solo, où il expose forces et failles sur un ton bien à lui.

La piraterie d’une virilité inconditionnelle, brute, impitoyable, est aussi renversée le temps d’une superbe scène de danse de salon entre les matelots. Un temps fort du spectacle.

On note trois autres moments de standing ovation dans l’audience : une chorégraphie tribale, une chanson féministe et un coming out. Le public apprécie de trouver ces thématiques dans un spectacle musical familial.

Pour l’équipe d’un spectacle, une générale de presse est un moment fort : les premiers retours se font là, les premières images circulent et le crucial bouche-à-oreilles commence. Cette générale était d’autant plus excitante qu’elle marquait le retour dans une salle de spectacle. L’émotion des artistes au salut final disait tout cela.

Dans le Hall du Casino de Paris, après la représentation, on se prend dans les bras et on se félicite. Pirates, le destin d’Evan Kingsley a réussi son pari de partage de valeurs, de message de tolérance, d’action, de tradition et de modernité.

Franck Quiquempois photo

En janvier, nous avions interviewé l’homme qui est à l’origine du projet, Julien Safa, bien avant que la crise sanitaire ne mette en péril le monde de la culture. Au sortir de scène -car oui, il interprète La Buse-, nous avons voulu revenir avec lui sur cet échange, et la concrétisation de son travail le jour-J.

TTT : Après le projet, après les idées, après le stress, vous venez de faire votre générale de presse. Les circonstances sont particulières, crise sanitaire oblige. Quel est le sentiment qui domine, là, maintenant ?
Julien Safa : Très heureux bien sûr, et surtout, on se sent privilégiés d’avoir pu jouer malgré les circonstances actuelles. On a toujours dit qu’on était des pirates, qu’on tiendrait le cap contre vents, marées et tempêtes. On a essayé de le prouver encore aujourd’hui ! Mais le mot d’ordre c’est « bonheur ». Vous savez, dans l’histoire Evan Kingsley réalise son rêve. Aujourd’hui nous aussi.

TTT : Quels ont été les ajustements techniques à faire en amont, pour vous adapter aux contraintes sanitaires ?
Julien Safa : Ça a surtout été compliqué pour répéter, et pour pouvoir faire une preview entre nous. On a dû annuler une première tournée qui était prévue dans le Sud avant notre arrivée à Paris. Je dois remercier Denis Fabre, le directeur du théâtre Armand, d’avoir pris le risque pour nous. Avec le protocole sanitaire adéquat, il a tout aménagé pour nous permettre de faire une résidence d’un mois à Salon-de-Provence. On a pu y répéter, on est très reconnaissants. Depuis le début, j’ai l’impression qu’on a une bonne étoile juste au-dessus de ce projet. Regardez, Christophe Lambert nous a rejoint en cours de route, c’est fou !

TTT : Pouvez-vous nous raconter comment il est arrivé sur Pirates ?
Julien Safa : Dans ma vie antérieure, je n’étais pas du tout artiste. J’étais directeur de magasin home cinema haut de gamme. J’ai tout plaqué il y a trois ans pour me lancer dans le monde artistique ; j’en rêvais depuis longtemps. Il s’avère que Michel Halimi, l’associé de Christophe Lambert, était un ancien client. J’ai équipé sa maison en home cinema mais à l’époque, je ne savais pas du tout qu’il était son associé. Sur Pirates, on a commencé en autofinancement, avec des crédits fous. D’ailleurs, je remercie mon banquier qui a cru au projet et je peux vous dire qu’en 2020, un banquier qui lâche des fonds pour un spectacle vivant, il n’y en a pas des masses ! Il nous suit encore aujourd’hui ! Bref, je reviens à Michel Halimi. On a discuté avec lui du projet et du fait qu’on cherchait des financiers. Il était intéressé et il m’a dit « je vais en parler à mon associé ». J’ai demandé « c’est qui ton associé ? -Christophe Lambert ! ». Immédiatement, j’ai eu la chanson d’Highlander dans la tête. Petit, j’étais fan. J’ai cru que c’était une blague ! On s’est vite rencontrés et tout s’est passé très naturellement. On a une très bonne connexion humaine et artistique, comme si on se connaissait depuis toujours. Il n’était pas destiné à entrer dans un projet comme le nôtre, mais il en est « tombé amoureux » comme il le dit !

TTT : Comme pour Evan dans votre histoire, la concrétisation de votre projet est passée par des rencontres inespérées…
Julien Safa : Bien sûr, on ne fait jamais rien tout seul dans la vie. Et j’ai eu beaucoup de chance c’est vrai. Evan, lui, croise plein de compagnons qui lui donnent des leçons de vie. Comme je vous l’avais dit, j’ai mis toute l’innocence de mon fils, qui m’inspire, dans ce personnage de héros. Il se nourrit des autres indifféremment de leur orientation sexuelle, de leur couleur de peau, de leur passé… C’est une conviction personnelle qui m’a porté pour mener à bien ce spectacle.

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by Valentine
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