L’équipe créative est en ébullition : les auditions viennent de s’achever et une nouvelle date vient de s’ajouter à la tournée de Pirates, le destin d’Evan Kingsley. Depuis quelques mois, ce projet prometteur se dévoile sur les réseaux sociaux. Nous assistons à la conception d’un spectacle familial, créé en famille, dont la tournée est déjà programmée jusqu’à novembre 2020.
ToïToïToï a discuté avec Julien Safa, l’homme qui a eu l’idée originale du spectacle et qui en est l’auteur. Plus la conversation s’installe plus son plaisir de raconter l’histoire du projet est palpable: il n’est pas avare d’anecdotes personnelles pour nous confier les heureux hasards et les intimes convictions qui l’ont accompagné. On l’entend déterminé, passionné et fébrile comme un jeune spectateur qui découvrirait un show culte. Sauf que cette fois, ce sont les premiers pas de son propre spectacle.
Avant de le découvrir sur scène, embarquez donc pour une chasse aux trésors des coulisses de Pirates: le destin d’Evan Kingsley .

TTT- Vous avez choisi de mettre en comédie musicale l’univers de la piraterie. Quelles ont été vos inspirations pour la genèse du projet ? Qu’est-ce que Le Destin d’Evan Kingsley aura d’original à apporter à notre imaginaire collectif –déjà riche- autour des pirates ?

J. Safa– A la base de tout ça, honnêtement, je suis surtout fan depuis tout petit des pirates. Avec mon frère (Samuel Safa le compositeur, ndlr), on a beaucoup joué à des jeux vidéo comme la série Monkey Island, quand on était mômes. Quand j’ai entendu parler pour la première fois de la réincarnation, petit, je me suis dit que j’avais dû être pirate dans une autre vie ! Aussi, toute la couleur de la piraterie me plaît. Je suis fan de spectacles anglo-saxons ; je vais souvent à Londres ou à Broadway pour en voir. Je n’en vois aucun qui soit dédié à la piraterie. J’ai l’impression que la saga Pirates des Caraïbes a absorbé la création autour des pirates. Moi quand on me dit « pirates », je pense plutôt à l’Ile au trésor. J’aimerais revenir à ça, avec une couleur musicale et une couleur visuelle.

Donc finalement j’ai réuni deux choses que j’aime beaucoup : la comédie musicale et les pirates !

TTT-  L’idée est donc de revenir aux fondements classiques de l’imaginaire autour de la piraterie ?

J. Safa- Oui, d’une certaine façon c’est aussi ce qui se dégage de notre teaser, par exemple au niveau des décors. Mais on tient à apporter une modernité visuelle grâce à de la vidéo projection, en plus des décors physiques. J’aimerais revenir à ce qui a bercé mon enfance, une piraterie traditionnelle. Notre histoire est une quête initiatique ; je l’ai écrite il y a un peu plus d’un an. Evan, c’est le prénom de mon fils ! Notre pirate n’a pas la carrure d’un pirate mais finalement, il va braver plein de péripéties pour accomplir son rêve. J’aime l’idée de me servir du thème de la piraterie pour faire passer des messages.

TTT- On peut donc s’attendre à une galerie de personnages divers et résolument ancrés en l’an 2020. Vous teniez à ce que ce spectacle, dans sa modernité, mette à l’honneur la diversité et la représentativité ?

J. Safa (réponse à spoilers…)- Oui, c’est clairement un engagement. Je me pose contre toute forme de préjugés et je pense que c’est très tôt qu’on doit inculquer ça. On dit souvent qu’on éduque nos enfants mais nos enfants nous éduquent tout autant.

Toute l’innocence de l’enfance peut être représentée dans un monde de pirates pour faire passer de vrais messages.

Le capitaine sera noir. Nous aurons un comédien nain qui va jouer le plus grand combattant des Caraïbes. Il y aura aussi un personnage féminin très fort, Anne Mery, qui se fait une place assurée dans un monde masculin…

TTT- Parlez-nous de votre protagoniste : qu’est-ce qui fait de Jimmy Costa-Savelli votre parfait Evan Kingsley ?

J. Safa- C’est une question géniale, vous allez vite comprendre pourquoi. En décembre 2018, j’ai commencé à écrire les premiers jets de mon livret. Au bout du troisième chapitre, je suis allé voir mon épouse, mon frère et Valery Rodrigues (le metteur en scène, ndlr), en leur disant : « Je sais qui est mon héros, je sais qui je veux pour mon héros : je veux Jimmy Costa-Savelli ». Je l’ai écrit pour lui ; quand j’imaginais Evan, c’était lui ! Je l’avais rencontré trois fois dans ma vie pourtant : sur Tom Sawyer pendant les auditions puis sur scène dans le rôle-titre, à la sortie d’un théâtre une fois en discutant, et sur Les Funambules. Il apporte exactement ce qu’il faut au personnage : une forme d’innocence et une charge émotionnelle qui est, à mon sens, au-dessus de la moyenne. Il est capable d’être très drôle aussi. A la base, on était juste amis sur Facebook, et quand je lui ai montré les messages où j’expliquais à mes proches et mon équipe que je pensais à lui pour le rôle dès le début, et il a accepté ! J’étais aux anges !

TTT-  Qu’en est-il de votre place dans ce spectacle ? Vous êtes habitué à être sur scène, cette fois-ci vous enfilez la double casquette en travaillant aussi en coulisses.

J. Safa-  En fait, j’ai toujours voulu écrire une comédie musicale mais je n’ai jamais osé, en me disant que je n’en serais pas capable, que j’étais chanteur-comédien. J’ai fait la rencontre du metteur en scène, qui était alors mon coach vocal, Valéry Rodrigues. Lui et mon frère, qui est compositeur, m’ont encouragé là-dedans. Ils m’ont dit que j’avais une fibre pour ça. Quand ils ont lu mes premières lignes, ils ont embarqué avec moi dans l’aventure.

TTT- C’est donc la première fois que vous travaillez avec votre frère Samuel en tant que production « Safa Brothers » ?

J.Safa- J’ai toujours eu une grande admiration pour mon frère, humainement et professionnellement. J’ai toujours rêvé de bosser avec lui en équipe créative, c’est notre toute première collaboration. Pour moi, c’est le directeur artistique du projet. Il compose, il remanie mes textes quand je les lui envoie, il est parfois co-auteur…

En fait, j’avais trop peur qu’une autre production dénature ce que j’avais envie de raconter artistiquement.

Le truc c’est que je ne pense pas d’abord à une réussite commerciale, je pense surtout au public et à faire quelque chose qui m’anime et qui soit à mon image, tel que je l’ai conçu. Alors on s’est auto-produit. On est des artistes, on ne roule pas sur l’or, mais on y a mis nos économies et ça a fonctionné !

TTT- Vous avez plusieurs dates prévues dans le Sud, ainsi qu’une semaine de résidence aux Folies Bergère. Comment abordez-vous ces différentes étapes ?

J. Safa- Vous savez, j’aime les pirates, alors l’idée de visiter plusieurs ports me plaît bien ! J’aime beaucoup le concept de tournée, pas seulement les demeures. Commencer dans le Sud, c’est une façon de lancer le show et d’avoir du recul. C’est là qu’on verra ce qui fonctionne bien ou moins, artistiquement parlant. On va roder le spectacle, avoir quelques invités…c’est une forme de showcase amélioré ! On avait aussi envie de commencer au Toursky (théâtre marseillais, ndlr), puisque c’est là-bas qu’on a tourné le trailer alors symboliquement, c’est tout naturel d’y faire la Première.

TTT-  Un petit mot de la fin pour annoncer l’arrivée d’Evan Kingsley très prochainement sur scène(s) ?

J. Safa- C’est un spectacle de passion. On a pensé chaque détail, on le retravaille tous les jours. L’équipe créative et les comédiens dégageront cette envie et cette passion. Le mariage de décors physiques, d’immersion et de mapping vidéo va être intéressant, autant que la philosophie qu’on a essayé d’apporter à cet univers.

On aura quinze artistes sur scène et on travaille en collégiale pour produire le plus beau spectacle possible.

Je suis comme un gamin ! D’ailleurs, comment ne pas mentionner la présence de Jérôme Pradon parmi nous…Pour moi, c’est fou. Pour la petite histoire, j’avais à peine quinze ans quand j’ai découvert Jérôme Pradon dans « Jésus Christ, superstar », et ça a été notre artiste préféré à mon frère et moi. A la base, je n’avais même pas compris que lui et le Marius des « Misérables » à Mogador étaient la même personne ! On était fans absolus de cet artiste. Pour le rôle du capitaine Barbesale, j’ai profité du fait que mon frère ait déjà bossé avec lui pour prendre ses coordonnées et lui parler du projet. On a parlé pendant trois heures autour d’un café, et il a été partant ! Vous imaginez comme je bosse mon chant et ma comédie depuis que je sais que je vais partager la scène avec lui ! C’est pour ce genre de hasard fou que je suis content d’avoir tout plaqué pour devenir artiste.

by Valentine
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